Koryū et Ryū-ha

Le programme du Bujinkan repose sur le contenu de neuf écoles d’arts martiaux traditionnels que l’on décrit souvent comme des Koryū ou encore Ryū-ha. Mais que signifie réellement ces termes?

Table des matières de "Unarmed Fighting Techniques of the Samurai" présentant les Ryu-Ha.

La marque temporelle de 1868

Le terme Koryū se traduit littéralement par école ancienne (de Ko 古 : ancien, et Ryū 流 : école ou courant). Pour les historiens, la distinction entre un art martial ancien et un art moderne est souvent balisée par une date charnière : 1868.

Cette année marque le début de la Restauration de Meiji, un basculement radical où le Japon a troqué le shogunat pour entrer progressivement dans une ère industrielle et de commerce mondial. Les écoles créées avant cette date sont alors considérées comme des Koryū. Elles ont été forgées par et pour la classe sociale des Samurai, avec un impératif de survie et d’efficacité en combat réel selon leur contexte historique, tout en développant une philosophie de vie propre au Budō.

À l’opposé, les Gendai Budō (ou arts martiaux modernes comme le Judō, l’Aikidō ou le Karate-dō), nés après 1868, s’orientent davantage vers la perfection du caractère et le développement personnel par l’entremise d’un apprentissage martial démocratisé.

Un comme l’autre, le pratiquant moderne peut y trouver son compte selon ses préférences ou objectifs personnelles.

Et les Ryū-ha dans tout ça ?

Si Ryū (流) évoque le courant d’une rivière qui s’écoule, le Ha (派) désigne une ramification d’un groupe, une branche ou une source de transmission originelle. Si un Koryū est une marque temporelle, le Ryū-ha est davantage une notion organique, qu’elle soit ancienne ou moderne. Ce n’est pas un monument figé dans le temps, mais une lignée vivante qui se transmet de génération en génération en adaptant sa pratique au contexte de chaque époque.

Si l’on soustrait toute notion purement technique d’une école, on se retrouve face à un ensemble de problématiques auxquelles il faut répondre. Ces enjeux sont universels, même si les scénarios d’origine peuvent sembler plus ou moins lointains parfois :

  • Comment dégainer rapidement mon sabre en marchant ?
  • Quoi faire si quelqu’un m’agrippe au poignet ?
  • Si l’on m’attaque avec un coup de poing plongeant, comment esquiver et reprendre l’initiative ?
  • Si l’espace manque pour reculer, puis-je opter pour les diagonales avant ?
  • Si quelqu’un m’attaque alors que j’ai mon cellulaire en main, puis-je l’utiliser comme outil de défense ?

Un Ryū-ha complet répond à ces questions de façon harmonieuse. Les principes s’enchaînent et progressent d’une technique à l’autre. Le positionnement, les stratégies et la philosophie forment alors une fondation commune où l’ensemble des principes s’appliquent autant à mains nues qu’avec des armes. C’est ce qui donne naissance à une infinité de techniques qui peuvent devenir intemporelles si elles sont pratiquées avec le bon état d’esprit. L’enseignement devient alors un style cohérent, une couleur unie appliquée à notre défense.

Réduit à sa plus simple expression, un Ryū-ha, qu’il tire ou non ses origines de l’époque active des Samurai (Koryū), est un style harmonieux que l’on donne à nos compétences martiales et que l’on transmet à la prochaine génération. C’est une rivière (Ryū-流) qui coule dans son lit, traverse et s’adapte aux époques, se subdivise ou fusionne (Ha-派) avant de rejoindre l’océan (Budō).

Ainsi, au cœur du Budō, il existe de nombreux styles d’arts martiaux. Mais, ultimement, il n’en existe peut-être aucun.

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