Une redéfinition de l’autodéfense
Dans plusieurs de ses ouvrages, en plus d’évoquer de longues marches, Hatsumi Sensei mentionne l’importance de suivre une routine régulière pour maintenir la mobilité du corps. Maintenant dans ma quarantaine, je réalise que mon objectif en pratiquant les arts martiaux n’est plus seulement de survivre à une confrontation physique potentielle, mais bien de survivre aux effets néfastes du temps qui passe dans notre mode de vie moderne sédentaire.
Un excellent exemple de cette philosophie se trouve dans son livre Ima Ninja. Le dernier chapitre, curieusement intitulé « Self Defense You Can Do Alone », pourrait laisser présager des enchaînements en solo pour améliorer sa technique martiale hors du Dōjō. Pourtant, on y découvre plutôt une liste imagée d’exercices d’assouplissement et de mobilité. C’est un rappel puissant des mentalités anciennes : l’autodéfense, c’est savoir se protéger des dangers sous toutes ses formes, en incluant aussi les maladies et les effets du vieillissement.
À l’aube de la seconde moitié de ma vie active, l’idée de m’approcher d’un niveau de liberté de mouvement que Sensei a su conserver toutes ces années me plaît beaucoup. C’est donc dans cet état d’esprit que je me suis lancé il y a deux mois. J’ai commencé à reproduire les exercices illustrés dans son livre Ima Ninja, presque tous les jours.
Toutefois, ce volume d’entraînement était peut-être un peu trop intense. Après quelques semaines, j’ai commencé à ressentir une petite fatigue au niveau de certaines articulations. D’après les lectures que j’ai faites par la suite, lorsqu’on est en phase de développement de la souplesse et de la mobilité, il est important de laisser reposer les articulations et les ligaments, et d’espacer les étirements plus profonds. Trop les solliciter peut non seulement mener à des blessures, mais aussi provoquer l’effet inverse : le corps, se sentant agressé, réagit en durcissant les tissus autour de l’articulation pour la protéger. C’est plutôt dans les phases de repos que les bienfaits s’acquièrent, alors que le corps se répare.
Élaboration du programme
À partir de ce constat, j’ai pris le temps d’élaborer un petit programme hebdomadaire sur mesure. La première étape a été de placer mes séances de Dōjō (les cours pour adultes et ceux de parent-enfant) dans mon horaire, afin de m’assurer de ménager mon corps lors de ces journées martiales où j’ai besoin de conserver un certain dynamisme.
Ensuite, j’ai réparti mes séances d’étirements plus amples et profonds (les séances B et C) autour de ces jours de Dōjō. J’ai toutefois conservé une routine d’exercices de mobilité dynamiques et plus légers à faire tous les jours (la séance A). Celle-ci ne perturbe pas ma récupération et me sert même d’échauffement avant d’entamer les étirements plus exigeants des séances B et C.
Comme je voulais aussi renforcer un peu ma musculature globale, j’ai ajouté deux types de séances ciblées pour le haut du corps et les abdominaux. Si mes jambes semblent un peu absentes de ce programme, c’est tout simplement parce qu’elles travaillent déjà amplement. Me déplaçant activement pour aller au travail et en sortant marcher sur l’heure du midi, je cumule facilement 40 à 60 km de marche ou de vélo chaque semaine.
Des résultats concrets et encourageants
Depuis l’intégration de cette routine, les progrès sont frappants. J’ai énormément gagné en mobilité sur mes flexions avant en particulier. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir pris de photo le premier jour. Au tout début, j’étais très inconfortable simplement en m’asseyant au sol, les jambes étendues devant moi. Dans cette posture, je devais pencher le torse vers l’arrière pour compenser et faire une flexion avant était très difficile.
Aujourd’hui, non seulement cette posture assise est devenue confortable, mais je parviens à toucher le bout de mes orteils par une flexion avant. C’est extrêmement motivant. Mon plan est de maintenir ce programme toute l’année pour bien documenter ses effets à long terme l’an prochain.
Je partage donc avec vous mon programme à titre indicatif seulement. Celui-ci est construit selon mes propres contraintes d’horaire et mes objectifs personnels, je ne le recommande donc à personne d’autre directement. Mais j’espère que cette lecture vous aura donné quelques pistes pour bâtir votre propre stratégie ou programme en parallèle de vos entraînements martiaux.
Petite note en terminant : j’ai utilisé les noms de postures de yoga ou d’exercices reconnus à des fins de simplification et pour mieux s’y retrouver.

